Le gaz, tout comme l'électricité, fait partie de la vie courante. Cet élément devenu indispensable à notre civilisation "du cuit" a été longtemps ignoré ou laissé pour compte par les chercheurs qui considéraient les "gaz" dans leur ensemble comme de simples fluides "élastiques", résultat d'opérations alchimiques sur des liquides ou sur des solides.

C'est vers la fin du XVIème siècle, grâce à un philosophe, médecin-chimiste flamand, que le gaz trouve sa notoriété.

Jean Baptiste Van Helmont est un aristocrate érudit. Il trouve finalement l'alchimie et la chimie plus probantes que la médecine classique dite "des humeurs", telle que l'enseignent les "mandarins" de l'université de Louvain.

Dix années de périple, de recherche et d'analyse dans les principales villes d'Europe méridionale et centrale confirment Van Helmont dans ses convictions.

La chimie au service de la médecine. La chimie comme thérapie, voilà la nouveauté !

Depuis un siècle, médecins humanistes et apothicaires cherchent à enrichir la pharmacopée.

Notre savant a l'idée de mettre ses expériences chimiques au service de la médecine. De ce fait, il est le précurseur de la "méthode expérimentale" et s'octroie même le titre de "Medicus per ignem" ou "médecin par le feu".

Ce feu lui permet de distiller, des liquides, des solides pour trouver de nouveaux remèdes, essentiellement des fossiles végétaux et animaux.

Van Helmont recueille les gaz résiduels de ses expériences dans une vessie adaptée au matras , ce vase à col long utilisé par les chimistes, dans lequel se produisait le dégagement gazeux. ( Plus tard viendra l'appareil classique avec cornue, tube et éprouvette).

C'est ainsi que lors d'une opération de distillation de la houille, Van Helmont isole le dioxyde de carbone. Le craquage de la houille a provoqué un dégagement profilant ça et là, de vagues formes vaporeuses dans la pièce. Ceci lui donne une inspiration soudaine Gheest ! Gheest ! s'écrie Van Helmont en flamand, des fantômes. Par dérivation, il donne une autre consistance à ces petits "fantômes" qui dansent autour du matras. Ils deviennent des gaz, nom générique qui, à l'époque désigne tous les gaz résultant d'expérimentations chimiques.

Des confrères "plus sérieux" s'empressent de faire l'analogie ,avec le latin Chaos (signifiant, la "masse confuse des éléments répandus") et imputent le son "G" au fort accent flamand de Van Helmont qui ne pouvait de ce fait, prononcer le "K" de "Chaos".

Quoiqu'il en soit, les "petits fantômes" ont fait leur chemin, à travers les siècles et...les continents.

Avec l'ère du pétrole, le gaz a trouvé sa place pour désigner un autre combustible : le gas oil. Pour leur part, les Américains ont adopté le gas pour désigner l'essence à la pompe, par opposition au "crude Oil" qui est le pétrole brut.

Qu'elle soit d'origine "fantomatique" ou "chaotique", la trouvaille de Van Helmont est devenue un phénomène de civilisation.

Le gaz est devenu familier et exprime populairement la pleine forme : "Alors, ça gaze ?" Pourtant il faut savoir que cette expression trouve son origine dans la Première Guerre Mondiale.

Les nouvelles du front étaient rares et les familles venaient s'enquérir auprès de l'État Major. Les épouses inquiètes demandaient à l'officier "ça gaze ?" faisant allusion aux bombardements sur le front, ce à quoi l'officier se voulant rassurant répondait :" tout va bien, ne vous inquiétez pas !"Avec le temps, le sens premier s'est altéré pour signifier aujourd'hui "aller bien, avoir la forme".

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