Féminisé au Portugal et chez tous les cousins lusophones a sanduiche n'a cependant pas réussi à supplanter le très imagé bocadillo espagnol. Pourtant certains de leurs cousins hispanophones ont adopté le club sanduiche sans trop d'hésitation. Mais ceux là sont fortement américanisés, il est vrai. En Italie on reste fidèle au bon tramezzino du terroir, tandisque les Allemands hésitent entre le sandwich importé et le bröchten couleur locale. Les Français pressés ont souvent recours au sandwich; le plus classique d'entre tous étant le fameux «jambon-beurre» qui évince même parfois le vocable qui le précède ! Chez les Russes, le sandwich ramené, peut être par Pierre Le Grand lui même, grand baroudeur et curieux de tout, a atteint les rivages de la Neva vidé de son contenu ! Il s'est transformé en simple bouterbrod. S'agit-il d'un emprunt à l'aristocratique «bread and butter» anglais ou au «butter mit brod» allemand ? Dans un cas comme dans l'autre cela n'a rien à voir avec le Xleb c maçlom qui est le pain beurrée russe. Mais l'appétit reste le même et ces petits casse-croûte qui sont maintenant l'apanage des gens préssés trouvent leur origine dans la noblesse.

C'est en effet au 4° Comte de Sandwich, Lord John Montaigu, que l'on doit le précieux en-cas. Ce noble politicien anglais qui vécut entre 1718 et 1792, joua même un rôle notoire dans la révolution américaine. Et pourtant c'était un joueur invétéré et il prenait le temps de jouer ! Il pouvait passer 24 heures d'affilée à une table de jeu. Un vrai flambeur ! Mais pour tenir le coup, il avait l'habitude de demander à son maître d'hotel de lui préparer des petits «en-cas» faits de morceaux de pain collés l'un à l'autre et fourrés de viande et d'autres choses à l'intérieur. Ce «casse dalle» n'a donc rien d'exotique. Aucune saveur hawaïienne, aucun ingrédient spécial n'est venu l'agrémenter pour qu'il mérite ce nom qui fut aussi celui des îles du Pacifique que le Comte de Sandwich s'en alla explorer avec le célèbre Cook !

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