Plus populaires dans les cours de récréation des pays d'Europe Centrale et celles des pays du Proche Orient, le jeu d'échecs a fait une entrée tardive en Occident. Les avis sont partagés pour savoir si le jeu vient de Chine, du Japon, d'Egypte voire même de Chaldée ou de Grèce. L'origine indienne semble cependant la plus plausible.

L'Inde jouait dès 570 de notre ère au Chaturanga (tchahar turan khan ou "jeu des 4 rois"), sur un échiquier 64 cases, toutes de la même couleur. La partie se disputait à 4 joueurs et chacun disposait d'un navire, d'un roi, d'un cheval d'un élephant et de 4 pions. La Perse voisine effectuait de nombreux échanges commerciaux avec l'Inde et ce furent des marchands persans qui ramenèrent chez eux ce jeu devenu dès lors chatrandch. C'est sous cette dénomination que le découvriront aussi les Turcs Satrantch (satranç). À la même époque, l'Extrême Orient (Chine, Japon et Corée) l'adopte et l'adapte. L'esprit curieux des conquérants Arabes est attiré par ce jeu aussi complet que distrayant. Ils décident de l'appeler symboliquement "Le roi est mortShah-mat, sorte d'homologation de l'original cha-tranj en arabo-persan. C'est ce même vocable qui restera sur l' échiquier russe Chakhmatt.

Avec la "Conquista", le jeu fait tout naturellement son entrée en Europe, via la Péninsule Ibérique où il est ajedrez, vers la fin du Xème siècle. Il fera de fervents adeptes dans l'Espagne du XIIIème siècle, notamment auprès du roi Alphonse Le Sage qui rédige même un traité sur les échecs intitulé "Livre des jeux" (1270) et illustré de miniatures, tandisque le Portugal se passionne aussi pour le xadrez. Mais le roi espagnol ne s'est pas arrêté là, tout comme le grand conquérant Tamerlan qui jugeait le jeu d'échec ordinaire trop simple pour sa "haute intelligence", il affectionnait le "Grand Échec",pratiqué sur un échiquier de 112 cases. Tamerlan pour sa part y avait fait ajouter des pièces insolites telles deux explorateurs, deux tortues, deux chameaux, un vizir, deux girafes et d'autres choses encore...

De l'Espagne, le jeu se répandra dans toute la "Chrétienté", ou l'Occident chrétien . Il est échecs pour les Français et Scacchi pour les Italiens. De cette appellation, dérivera le Schach allemand tandis que l'Écosse et l'Angleterre adopteront le chess.

En Europe occidentale, le jeu d'échec demeure élitiste : il s'aventure peu hors des cours royales . Il compte quelques "accros" dans le clergé. Au XVIème siècle, l'Europe compte quelques véritables champions. Il faut pourtant attendre le XIXème siècle pour que le jeu passionne aussi d'autres couches sociales, telles les intellectuels, les professeurs et les militaires.

Que le jeu ait conquis le monde entier, cela ne fait aucun doute.

Qu'il ait d'abord été conçu comme un "outil pédagogique" par un sage boudhiste de l'Inde, voilà de quoi surprendre ! Pourtant, la légende de Sissa l'atteste. Sissa était un brahmane chargé de l'éducation de son prince. Il inventa pour son élève, un jeu éducatif où la pièce la plus importante était le roi qui par ailleurs, ne pouvait rien faire sans l'aide des autres pièces, c'est à dire de ses sujets. La légende poursuit que le prince en fut si reconnaissant qu'il promit à Sissa de lui donner tout ce qu'il demanderait. Sissa demanda alors un grain de blé pour la première case, 2 pour la seconde, 4 pour la troisième et ainsi de suite pour les 64 cases de l'échiquier. Le prince croyait qu'il serait facile d'exaucer un tel voeu et ordonna à ses mathématiciens de faire le calcul. Quelle ne fut pas sa surprise à la publication des résultats ! 18 446 744 073 709 351 615 grains ! Une telle moisson ferait 76 fois la surface de ses terres. Avec le temps, le jeu s'est structuré et la légende a inspiré quelques mathématiciens "vicieux", heureux de faire plancher les élèves sur ce problème. 

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