Tabak, dans les blagues russes et allemandes; tabaco au «c» unique dans les cigarettes de la péninsule ibérique ou tabacco chez les buralistes italiens ; ou encore tabac à rouler français, appelé vulgairement «petit gris» qui n'a rien de commun avec le tobacco raffiné des marques anglaises; cette feuille qui cause bien des soucis aux responsables de la santé publique est très prisée dans le monde!

Et pourtant lorsque Christophe Colomb vit pour la première fois entre les mains des Indiens caribe, ces «petits rouleaux incandescents» comme il les décrivit à l'époque, ils avaient l'air bien inoffensifs ! Au contraire, les Indiens s'en servaient même pour cautériser les plaies ! Quelques hommes et la rumeur suffirent à rendre la feuille de tabac populaire, au point d'en faire le fléau des temps modernes.

Lorsque Colomb voit employer pour la première fois, cette feuille multi-usages, pour cautériser mais aussi comme emplâtre, il vient d'accoster sur l'île deTabago, la futureTobago des Antilles Anglaises. La plante sera donc baptisée du nom de l'ile.

Quelques 6 ans plus tard le Portugais Vasco da Gama ouvrait la route des Indes et deux ans plus tard son compatriote Pedro Alvarez Cabral découvrait le Brésil.

Dans ces deux contrées, pourtant fort éloignées l'une de l'autre, on connaissait déjà depuis longtemps l'usage du tabac. Et si les pousses ramenées par Colomb de Tobago, ne "font pas vraiment un tabac" à Seville, la feuille brésilienne que Luis de Gois ramène au Portugal fera fureur.

En effet, en ce milieu du XVIème siècle, Lisbonne est devenue une plaque tournante du commerce international. Tous les produits exotiques y arrivent et y sont entreposés avant d'être exportés un peu partout. A cette même époque, un certain Jean Nicot vient d'être nommé ambassadeur de France à Lisbonne. Il découvre là bas les vertus médicales du tabac et s'empresse d'envoyer plusieurs sachets de «rapé» à Catherine de Medicis, sa souveraine, sujette aux migraines. Apparemment le remède fut souverain car on ne parlait plus que de lui dans le royaume de France ! L'ambassadeur Nicot s'empressa de dépêcher des sachets un peu partout en Europe à ses «petits copains» dont le Cardinal de Lorraine. Et c'est peut être pour cela que l'introduction du tabac en Europe fut attribuée à Nicot !

Mais reprenons le fil de notre histoire. Considéré comme «remède miracle», cette feuille, désormais à la mode devient «l'herbe sainte», puis «la plante merveilleuse» !

Ainsi, au Brésil les blancs fument volontiers ces petits rouleaux avec les Indiens du cru mais en Europe on n'est pas encore vicié. Pourtant certains notables, et pas des moindres, se chargeront encore de répandre l'usage du tabac.A commencer par le Nonce Apostolique, alors en poste dans la capitale portugaise, qui ne manque pas d'en faire provision avant de rentrer en Italie, vers 1561. La feuille devient même là bas «l'herbe de La sainte Croix»! Jusque là, il n'y a rien de bien méchant au fond. Chacun est de bonne foi et pense avoir trouvé le remède miracle contre les migraines, le stress, ou les problèmes de peau, la panacée en somme ! Lorsque au XVIIIème siècle le célèbre naturaliste suédois Linné décide de classer toutes les plantes selon des normes standard, il choisit tout simplement le nom de Nicotina, en mémoire à Jean Nicot pour la feuille de tabac. Les descendants de Jean Nicot d'ailleurs, arborèrent une feuille de tabac sur leur blason pendant un temps.

Quelques années plus tard, après une adaption satisfaisante en Europe, le tabac est réexporté. D'Europe, les missionnaires espagnols l'introduisent aux Philippines tandis que leurs coreligionnaires portugais font de même au Japon d'où il passe en Chine.

En Europe, un cardinal s'emploie même à enseigner au roi des Deux Siciles la façon de cultiver le tabac et de là, letabacco se répandra dans toute l'Italie comme une trainée de poudre !

Les Anglais pour leur part, doivent à Sir Walter Raleigh la découverte de leur Tobacco. Le tabac de Raleigh vient des États Unis, de cette contrée de la côte Est que Raleigh a baptisée "Virginie" en hommage à sa souveraine, Elisabeth I surnommée «la reine vierge».

Et le tabac poursuit son périple à travers l'Europe, jusque dans la Russie des Tsars. On dit que les Moscovites apaisent ainsi leurs Tartares lorsque ceux ci deviennent trop menaçants. Mais les effets pervers du tabak russe se font bientôt sentir. De plus, le tabac et la vodka ne font pas forcément bon ménage! Les maisons en Russie sont pour la plupart, en bois et trop de fumeurs s'assoupissent la pipe au bec ! Résultat, le Grand Duc Michel Fedorovitch voit rouge! À trois reprises sa capitale, Moscou, manque d'être ravagée par le feu ! Aux grands maux les grands remèdes ! Michel Fedorovitch interdit purement et simplement l'entrée du tabak dans ses états! Le contrevenant se risquait à avoir le nez coupé, à la mode byzantine, à la moindre étincelle !

Idem chez les voisins Turcs, interdits par leur sultan Murad IV de toucher au moindre brin de tütün et ce, sur l'ensemble des possessions impériales ! Le Shah d'Iran fit comme ses illustres "collègues"; mais paradoxalement, c'est le Proche Orient qui compte vite le plus grand nombre de fumeurs !

En Europe, on n'est pas encore à l'aube du XXIème siècle, loin de là, mais on commence à s'émouvoir.

Jacques Stuart d'Angleterre déclare dans son royaume, le tobacco d'inutilité publique.

Louis XIII lui emboite le pas en France.

Au Danemark, le roi Christian IV fait même faire des exposés dissuasifs par son médecin personnel sur le tabac. Mais les « accro » s'en moquent. A tel point que le pape Urbain VIII est obligé de publier une bulle interdisant aux fidèles de priser du «rapé» pendant la messe !

Mais rien n'y fait et le tabac fait le bonheur des uns et ...la richesse des autres !

C'est en voyant la somptueuse rivière de diamants de la femme d'un producteur de cigares, répandu, lui, au début du XIXème siècle, que Napoléon eut l'idée de faire de l'industrie du tabac, le monopole de l'État. C'est dire si le succès de l'ancien «médicament» était assuré!

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